À Brest : Antinoë...

 

Carton exposition michel pagnoux

Pour le visiteur :

”Toutes les choses ont un air d’attente aussitôt qu’on les voit.”

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     En 1953, Roland Barthes notait ceci pour les Lettres nouvelles : ”Peindre avec amour des      surfaces insignifiantes et ne peindre que cela, c’est déjà une esthétique très moderne du silence.”

 

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Peints à l’atelier, à la source du dehors et comme en écho à la bibliothèque contiguë, les tableaux de peinture à l’attache des murs d’Antinoë s’y exposent le temps d’une halte, passagers d’un bref ”retour amont”, serrés entre les mots et les pages d’autres livres, ceux ici rassemblés, qui disent le nom des choses et au long cours les méandres de l’esprit humain. Ce qui est. Ce qui n’est pas. Ce qui n’est pas encore. Ce qui d’évidence se dégage, éclaire. 

Tableaux ? Ils soufflent la couleur dès son avènement, ”ce feu dilapidé dans le jour”, célèbrent l’air que peindre insuffle en silence dans les espaces, les intermittences, la dimension sempiternelle de la peinture qui outrepasse, irrécusable, les mouvements fluctuants du jour — leur tournoiement — et des époques, nous invitant à rejoindre le temps — au grand large  : soyons de toujours.

 

Atelier, librairie, galerie : enclos, foyers, forges et théâtres. Pensoirs… 

 

Tableaux”parvenus à leur terme inquiet”,  la picturalité comme accomplissement, tendus, à portée de regard de leurs destinataires —- ah !, comment ils se tiennent, cette application soucieuse à capter les regards, cet ”air d’attente”, éloquent et muet… Merci.

 

Regarder. Regarder le temps. Le temps de regarder ce qui se laisse voir.  Le temps d’avoir pris en soi la matière de ce temps : l’humble patience attentive de regarder devant soi. Ce seront autant de rencontres, d’échanges, de minutes réciproques. 

Sinon passer son chemin. Mais alors, de même, fermer les livres. Laisser dehors à l’abandon Pierre Reverdy, ou Charles Baudelaire. Se détourner de Mark Rothko, de Johannes Vermeer. ”On n’y voit rien” ? : Chardin, Monet, Bonnard ? Dégommer Cézanne et Verlaine, dédaigner Angelico, Piero et de la Tour, négliger Pierre Chappuis, Jacques Dupin et Paul Celan  ? Ou Félix Fénéon, Maurice Merleau-Ponty et Henri Maldiney  ?

 

Répondre  : aller aux livres, aux tableaux de peinture… 

Parmi les livres, regarder la peinture. Y porter, y attacher la vue. S’appliquer à discerner ce qui mérite d’être noté de l’air, de la lumière lancée dans la couleur, de la picturalité…

”On n’y voit rien” ? Vraiment ?

La peinture parle d’elle-même.

 

Michel Pagnoux pour Antinoë, septembre 2018. 

 

Citations en italique entre guillemets : André du Bouchet, ouvrages divers, sauf ”Retour amont,” ouvrage de René Char, Editions Gallimard, 1966 et la citation de Roland Barthes.

”On n’y voit rien ”, titre d’un ouvrage de Daniel Arasse, Editions Denoël, 2000.