Préface de l'exposition personnelle sept/oct 2016

Paul Claudel aimait en Vermeer le “peintre reclus à l’intérieur de sa lentille.”

Peignant, l’on n’est que regard. Serait-on reclus, l’on est de libre regard.
Les alentours nous parviennent. L’on voit le dehors. ( “A hauteur de battement de paupières” note André du Bouchet.) Mais l’on n’y voit rien. Tout est confusion. Alors l’on peint pour voir, pour tenter de départager le monde brouillé et l’offrir aussitôt en partage. L’on compose ainsi du visible : il est là ; il afflue à l’esprit ; son véhicule est la lumière. L’envisager alors, l’orienter, le placer, un peu comme on le fait du soleil à l’aide d’un miroir dans la main, pour en exposer la lumière explosive que le miroir concentre. Lumière source. Lumière chair. Mais le miroir saturé de lumière aveugle quand la peinture, humaine elle, tamise.

La peinture ? Elle est fabrique du lumineux propice à nos regards, nous atteint et nous parle à l’esprit. L’on y vient voir : une halte au coeur de “l’intempérie de l’époque”. Le visible est ce que tu vois, comme tu es, comme tu penses : le temps de l’exposition, ce que tu vois est reclus à l’intérieur de mon tableau. Mais te rejoint. Tu verras que le monde et mon tableau sont poreux et communiquent. Ils échangent des flux. Ce sont autant de ressemblances, de similitudes ou de dissemblances. Ou des leurres. Air ou ciel. Terre. Peinture. Ce que tu vois, que j’ai peint.
Mais ce n’est pas en trois lignes de mots que l’on dira ce qu’est un tableau de peinture.